Remurmurer la terre: hommage à Yvon Forget, projet d'exposition dans la cadre de la triennale Banlieue! Interrègnes

La maison des arts de Laval, août-octobre 2022. Ce projet est subventionné par le Conseil des arts du Canada.

Depuis 2011 je cueille en nature des argiles avec lesquelles je dessine, je façonne et je tourne. En 2019 j’ai commencé à en cueillir là où j’habite, dans la grande plaine de Montréal le long des basses terres du Saint-Laurent principalement à Saint-Hyacinthe et Sainte-Rosalie. La plaine de Montréal est le principal bassin de sédimentation d’argile de la mer de Champlain il y a de cela 10 000 ans. Cette argile de grande qualité raconte notre territoire et notre histoire.

 

Au printemps, en ouvrant la chaudière dans laquelle est déposée de l’argile cueillie sur une terre agricole de Saint-Hyacinthe, j’ai découvert des brindilles vertes, bien vivantes et sur lesquelles de fines gouttelettes d’eau s’accrochent. Mon étonnement a été grand d’autant qu’aucune lumière ne vient stimuler la pousse de cette végétation délicate dans une chaudière remplie d’argile.

 

C’est cette surprenante découverte qui m’incite à approfondir les liens entre mon travail avec l’argile et l’agriculture et à travailler avec un cultivateur pour la triennale.

 

Cet été, j’ai rencontré M. Luc Forget, agriculteur, qui m’a confirmé la présence d’argile sur ses terres et accepté de travailler avec moi. Lors de notre première rencontre, Luc Forget m’a offert un livre des mémoires de son père Yvon décédé en 2019. De ses dires, c’était pour me permettre de mieux comprendre ses origines et l’importance de sauvegarder les terres agricoles. La famille Forget est une famille souche installée depuis 7 générations sur l’île Jésus.

 

Yvon Forget s’est battu toute sa vie pour la protection du territoire agricole de Laval. À ses yeux, une terre constitue un héritage familial à protéger et à léguer à ses enfants. Au milieu du XXe siècle, il a d’ailleurs résisté à la tentation de céder sa terre contre des offres alléchantes de compagnies allemandes désireuses d’y entreposer des résidus potentiellement dangereux d’usines chimiques. En vue de protéger les terres arables de la spéculation, il a aussi rencontré le premier ministre du Québec d’alors, M. Maurice Duplessis et jeté les bases de ce qui deviendra la loi sur la protection du territoire agricole. Aujourd’hui son fils Luc, me fournit l’argile de sa terre pour réaliser une œuvre en hommage à son père.

 

Yvon Forget était un pionnier qui a œuvré à assurer la passation entre les générations. C’est la raison dernière mon choix de faire des canaux réseau à l’image de mycorhizes qui assurent par l’association symbiotique entre des champignons et les racines des plantes la passation des nutriments essentiels à la fertilité des terres et aux bonnes récoltes.

 

Je constate que de paysages, en territoires, en communautés, en œuvres réalisées, la cueillette d’argile me permet de sonder la multiplicité inouïe et riche d’un monde dont les ramifications enchevêtrées se nourrissent mutuellement. Par une observation attentive et une écoute active, mon travail m’engage dans un dialogue avec des gens et avec la nature. Et me permet d’espérer qu’il tende aussi à la passation d’une histoire.

Les Ateliers 6235

6235 Papineau, local 203

Montréal

 

© 2020 Marie Côté 

Conception du site web par: C'est Paulette